Thèse, mémoire
Recourir aux institutions médicosociales de l'addiction : une enquête sur les publics féminins en France hexagonale et en Guyane
[Accessing addiction care institutions: A study of female populations in mainland France and French Guiana]
Auteur(s) :
FILIPE, E. (Auteur) ;
JAUFFRET-ROUSTIDE, M. (Directeur de thèse)
Année
2025
Page(s) :
427 p.
Langue(s) :
Français
Domaine :
Alcool ; Autres substances ; Drogues illicites
Thésaurus géographique
FRANCE
;
GUYANE FRANCAISE
Thésaurus mots-clés
SEXE FEMININ
;
ACCES AUX SOINS
;
CSAPA
;
CAARUD
;
DISPOSITIF DE SOIN
;
DIFFERENCE DE GENRE
;
USAGER
;
SOCIOLOGIE
;
ENQUETE
;
PRODUIT ILLICITE
;
CONSOMMATION
;
SEXE
;
ETUDE QUALITATIVE
;
INEGALITE
;
STIGMATISATION
;
ALCOOL
;
ETUDE DE CAS
;
TRAJECTOIRE
Note générale :
Thèse de sociologie, École doctorale de l'EHESS, Centre d'Étude des Mouvements Sociaux (CEMS)
Résumé :
FRANÇAIS :
Les institutions du secteur médicosocial de l'addiction qui incluent principalement les centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usager.es de drogues (CAARUD) et les centres de soin d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) accueillent en France un public majoritairement masculin. Depuis vingt ans, les femmes représentent seulement 20 à 25 % des bénéficiaires et demeurent, selon les professionnel.les de santé, largement invisibilisées au sein des institutions. Cette thèse appréhende ce phénomène comme un problème public qui articule non-recours aux soins et inégalités de genre. Ce problème a été formulé par des acteur.rices du champ de l'addiction, des responsabilités y ont été imputées (stigmatisation et violences subies par les usagères) et des organismes publics l'ont publicisé et inscrit à l'agenda politique. Le cadrage genré du problème public rend visible les difficultés rencontrées par les professionnel.les dans la prise en charge des femmes en addictologie. Toutefois, il tend à homogénéiser les expériences des usagères et à privilégier le point de vue des institutions et de leurs représentant.es. En déplaçant la focale de la « prise en charge » vers le « recours » et en adoptant une approche biographique centrée sur les expériences des bénéficiaires, cette recherche interroge les conditions de possibilité du recours, dans un contexte marqué par d'importants obstacles genrés. L'enquête « par le bas », fondée sur une méthodologie mixte (entretiens, observations, statistiques) en France hexagonale et en Guyane, articule plusieurs niveaux d'analyse. Dans un premier temps, une typologie statistique met en évidence la forte hétérogénéité des usagères de CAARUD et de CSAPA, réparties en quatre clusters aux profils distincts qui ne mobilisent pas les mêmes prestations institutionnelles : des femmes consommatrices d'alcool et de cannabis vivant dans des conditions stables et médicalement encadrées ; des femmes consommatrices de médicaments vulnérables, mais bien suivies ; des femmes consommatrices d'héroïne en situation de précarité et peu visibles ; des femmes consommatrices de crack en situation de grande précarité et de marginalité. Le type de consommation de drogues et les conditions de vie façonnent des formes variées de recours institutionnel, mais ne suffisent pas à les expliquer. La thèse examine ensuite les logiques institutionnelles et territoriales et les acteur.rices intermédiaires qui facilitent ou obstruent l'accès aux institutions. Les usagères franciliennes et guyanaises ne font pas face aux mêmes contraintes institutionnelles et territoriales dans leurs recours aux soins et à l'assistance sociale (systèmes et organisations médicosociales, normes bureaucratiques). Trois types d'intermédiaires structurent le recours : les administrateur.rices (médecin, justice), les aidant.es du recours (proche, travailleur.ses du social) et les acteur.rices qui le contraignent (homme usager, personne disqualifiant le recours, etc.). Enfin, la recherche analyse comment les dispositions, les représentations et les discours des usagères vis-à-vis du soin et de l'addiction peuvent favoriser ou freiner la mobilisation des institutions. Le recours des femmes en addictologie est le produit d'une rencontre située entre des parcours socialement différenciés, des normes institutionnelles, des territoires et des subjectivités. La thèse éclaire ainsi la manière dont les rapports sociaux, les rapports aux institutions et les parcours de vie travaillent les conditions d'accès aux soins en addictologie pour les femmes usagères, et propose un regard renouvelé sur le problème public de non-recours. [Résumé d'auteur]
ENGLISH:
Institutions in the medical and social sector dealing with addiction, which mainly include centres providing support and harm reduction services for drug users (CAARUD) and centres providing care, support and prevention services in the field of addiction (CSAPA), cater primarily to a male clientele in France. For the past twenty years, women have accounted for only 20 to 25% of beneficiaries and, according to health professionals, remain largely invisible within these institutions. This thesis tackles this phenomenon as a public problem that links non-use of healthcare and gender inequality. This problem has been identified by actors in the field of addiction, responsibilities have been attributed (stigmatisation and violence suffered by female users), and public institutions have publicised it and placed it on the political agenda. The gendered framing of the public problem highlights the difficulties encountered by professionals in treating women with addiction. However, it tends to homogenise the experiences of female users and to favour the point of view of institutions and their representatives. By shifting the focus from 'care' to 'recourse' and adopting a biographical approach centred on the experiences of beneficiaries, this research questions the conditions of possibility of recourse in a context marked by significant gendered obstacles. The 'bottom-up' research, based on a mixed methodology (interviews, observations, statistics) in mainland France and French Guiana, combines several levels of analysis. First, a statistical typology highlights the high degree of heterogeneity among CAARUD and CSAPA users, divided into four clusters with distinct profiles that do not mobilise the same institutional services: women who consume alcohol and cannabis, living in stable conditions and under medical supervision; vulnerable women who consume drugs but are well monitored; women who use heroin, who are in precarious situations and not very visible; women who use crack cocaine, who are in very precarious situations and marginalised. The type of drug use and living conditions shape various forms of institutional recourse, but are not sufficient to explain them. The thesis then examines the institutional and territorial logics and the intermediary actors who facilitate or obstruct access to institutions. Female users in the Paris region and French Guiana do not face the same institutional and territorial constraints in their access to healthcare and social assistance (medical-social systems and organisations, bureaucratic norms). Three types of intermediaries are conditioning the recourse: administrators (doctors, the justice system), recourse assistants (relatives, social workers) and actors who constrain it (male users, people who disqualify recourse, etc.). Finally, the research analyses how users' attitudes, representations and discourse regarding care and addiction can promote or hinder the mobilisation of institutions. Women's recourse to addiction treatment is the product of an encounter between socially differentiated trajectories, institutional norms, territories and subjectivities. The thesis thus sheds light on how social relations, relationships with institutions and life trajectories influence the conditions of access to addiction treatment for female users, and offers a fresh perspective on the public problem of non-use. [Author's abstract]
Les institutions du secteur médicosocial de l'addiction qui incluent principalement les centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usager.es de drogues (CAARUD) et les centres de soin d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) accueillent en France un public majoritairement masculin. Depuis vingt ans, les femmes représentent seulement 20 à 25 % des bénéficiaires et demeurent, selon les professionnel.les de santé, largement invisibilisées au sein des institutions. Cette thèse appréhende ce phénomène comme un problème public qui articule non-recours aux soins et inégalités de genre. Ce problème a été formulé par des acteur.rices du champ de l'addiction, des responsabilités y ont été imputées (stigmatisation et violences subies par les usagères) et des organismes publics l'ont publicisé et inscrit à l'agenda politique. Le cadrage genré du problème public rend visible les difficultés rencontrées par les professionnel.les dans la prise en charge des femmes en addictologie. Toutefois, il tend à homogénéiser les expériences des usagères et à privilégier le point de vue des institutions et de leurs représentant.es. En déplaçant la focale de la « prise en charge » vers le « recours » et en adoptant une approche biographique centrée sur les expériences des bénéficiaires, cette recherche interroge les conditions de possibilité du recours, dans un contexte marqué par d'importants obstacles genrés. L'enquête « par le bas », fondée sur une méthodologie mixte (entretiens, observations, statistiques) en France hexagonale et en Guyane, articule plusieurs niveaux d'analyse. Dans un premier temps, une typologie statistique met en évidence la forte hétérogénéité des usagères de CAARUD et de CSAPA, réparties en quatre clusters aux profils distincts qui ne mobilisent pas les mêmes prestations institutionnelles : des femmes consommatrices d'alcool et de cannabis vivant dans des conditions stables et médicalement encadrées ; des femmes consommatrices de médicaments vulnérables, mais bien suivies ; des femmes consommatrices d'héroïne en situation de précarité et peu visibles ; des femmes consommatrices de crack en situation de grande précarité et de marginalité. Le type de consommation de drogues et les conditions de vie façonnent des formes variées de recours institutionnel, mais ne suffisent pas à les expliquer. La thèse examine ensuite les logiques institutionnelles et territoriales et les acteur.rices intermédiaires qui facilitent ou obstruent l'accès aux institutions. Les usagères franciliennes et guyanaises ne font pas face aux mêmes contraintes institutionnelles et territoriales dans leurs recours aux soins et à l'assistance sociale (systèmes et organisations médicosociales, normes bureaucratiques). Trois types d'intermédiaires structurent le recours : les administrateur.rices (médecin, justice), les aidant.es du recours (proche, travailleur.ses du social) et les acteur.rices qui le contraignent (homme usager, personne disqualifiant le recours, etc.). Enfin, la recherche analyse comment les dispositions, les représentations et les discours des usagères vis-à-vis du soin et de l'addiction peuvent favoriser ou freiner la mobilisation des institutions. Le recours des femmes en addictologie est le produit d'une rencontre située entre des parcours socialement différenciés, des normes institutionnelles, des territoires et des subjectivités. La thèse éclaire ainsi la manière dont les rapports sociaux, les rapports aux institutions et les parcours de vie travaillent les conditions d'accès aux soins en addictologie pour les femmes usagères, et propose un regard renouvelé sur le problème public de non-recours. [Résumé d'auteur]
ENGLISH:
Institutions in the medical and social sector dealing with addiction, which mainly include centres providing support and harm reduction services for drug users (CAARUD) and centres providing care, support and prevention services in the field of addiction (CSAPA), cater primarily to a male clientele in France. For the past twenty years, women have accounted for only 20 to 25% of beneficiaries and, according to health professionals, remain largely invisible within these institutions. This thesis tackles this phenomenon as a public problem that links non-use of healthcare and gender inequality. This problem has been identified by actors in the field of addiction, responsibilities have been attributed (stigmatisation and violence suffered by female users), and public institutions have publicised it and placed it on the political agenda. The gendered framing of the public problem highlights the difficulties encountered by professionals in treating women with addiction. However, it tends to homogenise the experiences of female users and to favour the point of view of institutions and their representatives. By shifting the focus from 'care' to 'recourse' and adopting a biographical approach centred on the experiences of beneficiaries, this research questions the conditions of possibility of recourse in a context marked by significant gendered obstacles. The 'bottom-up' research, based on a mixed methodology (interviews, observations, statistics) in mainland France and French Guiana, combines several levels of analysis. First, a statistical typology highlights the high degree of heterogeneity among CAARUD and CSAPA users, divided into four clusters with distinct profiles that do not mobilise the same institutional services: women who consume alcohol and cannabis, living in stable conditions and under medical supervision; vulnerable women who consume drugs but are well monitored; women who use heroin, who are in precarious situations and not very visible; women who use crack cocaine, who are in very precarious situations and marginalised. The type of drug use and living conditions shape various forms of institutional recourse, but are not sufficient to explain them. The thesis then examines the institutional and territorial logics and the intermediary actors who facilitate or obstruct access to institutions. Female users in the Paris region and French Guiana do not face the same institutional and territorial constraints in their access to healthcare and social assistance (medical-social systems and organisations, bureaucratic norms). Three types of intermediaries are conditioning the recourse: administrators (doctors, the justice system), recourse assistants (relatives, social workers) and actors who constrain it (male users, people who disqualify recourse, etc.). Finally, the research analyses how users' attitudes, representations and discourse regarding care and addiction can promote or hinder the mobilisation of institutions. Women's recourse to addiction treatment is the product of an encounter between socially differentiated trajectories, institutional norms, territories and subjectivities. The thesis thus sheds light on how social relations, relationships with institutions and life trajectories influence the conditions of access to addiction treatment for female users, and offers a fresh perspective on the public problem of non-use. [Author's abstract]
Affiliation :
France
Historique