Article de Périodique
Researchers' identities and their consequences for fieldwork. The methodological and scientific implications of gender, illicit practices and disclosure (2025)
Ce que les identités des chercheuses font au terrain. Enjeux méthodologiques et scientifiques liés au genre, aux pratiques illicites et au dévoilement
Auteur(s) :
PERRIN, S.
Année
2025
Page(s) :
9-44
Langue(s) :
Anglais
; Français
Domaine :
Drogues illicites / Illicit drugs
Thésaurus mots-clés
RECHERCHE
;
METHODE
;
IDENTITE
;
SOCIOLOGIE
;
PRODUIT ILLICITE
;
SEXE FEMININ
;
ETHIQUE
;
VIOLENCE
;
ETHNOGRAPHIE
;
DEVIANCE
;
TEMOIGNAGE
;
USAGER
;
TRAUMATISME
;
EMOTIONS
Thésaurus géographique
FRANCE
;
QUEBEC
Note générale :
Winner of the Michelat Award 2023
Résumé :
FRANÇAIS :
Faut-il parler de soi pour produire des sciences sociales réflexives et rigoureuses ? C'est le postulat de cet article, qui analyse l'influence des identités et expériences personnelles d'une chercheuse dans les mondes de la drogue sur l'accès au terrain, la nature des données recueillies et leur analyse. En tant que femme usagère de drogues réalisant une thèse sur les femmes usagères de drogues à Bordeaux et Montréal, j'étais très bien intégrée sur le terrain bordelais, et beaucoup moins à Montréal, ce qui conduit à une comparaison asymétrique. Cette asymétrie ne pourrait être expliquée sans revenir sur mon parcours personnel dans le milieu des usages de drogues. Mon identité de genre a également grandement influencé le recueil de données : il a fallu que j'enquête tout en étant harcelée sexuellement, en faisant l'objet d'un stéréotype de manque de crédibilité, et en gérant émotionnellement des récits traumatiques liés à des violences sexuelles. J'ai finalement produit une « ethnographie délinquante », dont l'aspect participatif présente des intérêts certains sur le plan scientifique et méthodologique, mais qui soulève également d'importants enjeux éthiques. Cet article s'achève sur des pistes de réflexion visant à protéger les chercheuses des inégalités et violences de genre sur le terrain. [Résumé d'auteur]
ENGLISH:
Is it possible to conduct rigorous, reflexive social science research without revealing something of oneself? This is the question I propose to address in this article, analysing the influence that my personal identities as a researcher, my gender identity, and my experiences in the drug scene had on my access to this field, the nature of the data gathered and the process of analysing that data. As a woman who uses drugs writing a research thesis on female drug users in Bordeaux and Montreal, I was very well integrated into the Bordeaux field context and much less so in Montreal, resulting in an asymmetrical comparison. This asymmetry cannot be explained without taking into account my own personal experience among drug users. My gender identity also shaped the data-gathering process: during my field research I had to contend with sexual harassment, as well as being on the receiving end of stereotypes undermining my credibility, all the while dealing with my own emotional trauma linked to past experiences of sexual violence. The resulting research is a form of "delinquent ethnography", whose participatory dimension has clear scientific and methodological advantages, but which also raises important ethical questions. This article concludes with some proposals for protecting women researchers from gender violence and inequality in their fieldwork. [Author's abstract]
Faut-il parler de soi pour produire des sciences sociales réflexives et rigoureuses ? C'est le postulat de cet article, qui analyse l'influence des identités et expériences personnelles d'une chercheuse dans les mondes de la drogue sur l'accès au terrain, la nature des données recueillies et leur analyse. En tant que femme usagère de drogues réalisant une thèse sur les femmes usagères de drogues à Bordeaux et Montréal, j'étais très bien intégrée sur le terrain bordelais, et beaucoup moins à Montréal, ce qui conduit à une comparaison asymétrique. Cette asymétrie ne pourrait être expliquée sans revenir sur mon parcours personnel dans le milieu des usages de drogues. Mon identité de genre a également grandement influencé le recueil de données : il a fallu que j'enquête tout en étant harcelée sexuellement, en faisant l'objet d'un stéréotype de manque de crédibilité, et en gérant émotionnellement des récits traumatiques liés à des violences sexuelles. J'ai finalement produit une « ethnographie délinquante », dont l'aspect participatif présente des intérêts certains sur le plan scientifique et méthodologique, mais qui soulève également d'importants enjeux éthiques. Cet article s'achève sur des pistes de réflexion visant à protéger les chercheuses des inégalités et violences de genre sur le terrain. [Résumé d'auteur]
ENGLISH:
Is it possible to conduct rigorous, reflexive social science research without revealing something of oneself? This is the question I propose to address in this article, analysing the influence that my personal identities as a researcher, my gender identity, and my experiences in the drug scene had on my access to this field, the nature of the data gathered and the process of analysing that data. As a woman who uses drugs writing a research thesis on female drug users in Bordeaux and Montreal, I was very well integrated into the Bordeaux field context and much less so in Montreal, resulting in an asymmetrical comparison. This asymmetry cannot be explained without taking into account my own personal experience among drug users. My gender identity also shaped the data-gathering process: during my field research I had to contend with sexual harassment, as well as being on the receiving end of stereotypes undermining my credibility, all the while dealing with my own emotional trauma linked to past experiences of sexual violence. The resulting research is a form of "delinquent ethnography", whose participatory dimension has clear scientific and methodological advantages, but which also raises important ethical questions. This article concludes with some proposals for protecting women researchers from gender violence and inequality in their fieldwork. [Author's abstract]
Affiliation :
Fonds de recherche Savoir Plus Risquer Moins, Centre Emile Durkheim and Bordeaux Population Health Center, Bordeaux, France
Historique