Article de Périodique
Hanna Pickard et le rejet de l'approche orthodoxe de l'addiction (2019)
Auteur(s) :
TROUESSIN, M.
Année
2019
Page(s) :
19-24
Langue(s) :
Français
Refs biblio. :
5
Domaine :
Plusieurs produits / Several products
Discipline :
PSY (Psychopathologie / Psychopathology)
Thésaurus mots-clés
ADDICTION
;
THEORIE
;
PSYCHOPATHOLOGIE
;
RECHERCHE
;
CERVEAU
;
NEUROBIOLOGIE
;
PSYCHOSOCIOLOGIE
Note générale :
Commentaire : Théorie des addictions : Attention au(x) réductionnisme(s) de tout bord (B. Rolland), p. 24-25
Résumé :
Au milieu des années 1990, grâce aux progrès des neurosciences et de la neuroimagerie, l'approche médicale de l'addiction se voit fournir des preuves là où certains « sceptiques » pouvaient remettre en cause le diagnostic de pathologie à partir des seuls symptômes de perte de contrôle décrits par les patients (Fingarette, 1988 ; Davies, 1992). C'est la naissance de ce que certains chercheurs appellent l'approche « orthodoxe » de l'addiction à savoir la théorie de la maladie cérébrale.
Selon cette théorie, l'addiction serait un trouble primaire, chronique, avec possibilité de rechute, lié à un dysfonctionnement du cerveau, qui n'aurait absolument rien à voir avec une quelconque agentivité des personnes. Portée par les chercheurs du National Institute of Drug Abuse, fortement subventionné par l'État américain dans la mesure où une telle théorie implique la possibilité de soigner l'addiction de manière médicamenteuse, la théorie de l'addiction comme maladie cérébrale s'inscrit dans un mouvement global de normalisation des maladies mentales et de déstigmatisation des personnes qui en souffrent. En effet, la théorie de la maladie cérébrale envisage les conduites addictives comme des conduites essentiellement compulsives, ce qui nie chez les personnes addictes la possibilité d'agir autrement et donc de ne pas consommer, ce point étant essentiel pour atténuer la responsabilité et le jugement négatif à leur égard. Selon une métaphore commune, le cerveau de l'addict serait kidnappé par la drogue, détruisant sa capacité de choix volontaire ou de contrôle de la consommation de la substance. Bien qu'il n'y ait pas de consensus clair sur la définition du concept de compulsion, il est de façon standard compris comme consistant en un besoin, une impulsion ou un désir qui est irrésistible, tellement fort qu'il est impossible aux personnes d'y résister.
A priori, cette théorie apparaît fortement séduisante, dans la mesure où elle implique des avantages sur les plans à la fois sociétal (atténuation du jugement social) et clinique (promesses de soin efficace). Pourtant, la théorie de l'addiction comme maladie cérébrale va très rapidement donner lieu à de nombreuses critiques, émanant du champ scientifique comme du champ clinique.
Parmi ces critiques, nous avons choisi de nous intéresser à celles émises par Hanna Pickard, qui est à la fois philosophe et clinicienne de formation, et qui s'intéresse aux maladies mentales en général et à l'addiction en particulier. Les thèses qu'elle défend à propos de la définition des troubles mentaux et de la psychopathologie expliquent son « rejet » de l'approche orthodoxe de l'addiction : pour elle, il n'y a pas lieu de nier toute agentivité chez les personnes addictes mais seulement d'admettre une capacité amoindrie de contrôle sur ses actes. [Extrait]
Selon cette théorie, l'addiction serait un trouble primaire, chronique, avec possibilité de rechute, lié à un dysfonctionnement du cerveau, qui n'aurait absolument rien à voir avec une quelconque agentivité des personnes. Portée par les chercheurs du National Institute of Drug Abuse, fortement subventionné par l'État américain dans la mesure où une telle théorie implique la possibilité de soigner l'addiction de manière médicamenteuse, la théorie de l'addiction comme maladie cérébrale s'inscrit dans un mouvement global de normalisation des maladies mentales et de déstigmatisation des personnes qui en souffrent. En effet, la théorie de la maladie cérébrale envisage les conduites addictives comme des conduites essentiellement compulsives, ce qui nie chez les personnes addictes la possibilité d'agir autrement et donc de ne pas consommer, ce point étant essentiel pour atténuer la responsabilité et le jugement négatif à leur égard. Selon une métaphore commune, le cerveau de l'addict serait kidnappé par la drogue, détruisant sa capacité de choix volontaire ou de contrôle de la consommation de la substance. Bien qu'il n'y ait pas de consensus clair sur la définition du concept de compulsion, il est de façon standard compris comme consistant en un besoin, une impulsion ou un désir qui est irrésistible, tellement fort qu'il est impossible aux personnes d'y résister.
A priori, cette théorie apparaît fortement séduisante, dans la mesure où elle implique des avantages sur les plans à la fois sociétal (atténuation du jugement social) et clinique (promesses de soin efficace). Pourtant, la théorie de l'addiction comme maladie cérébrale va très rapidement donner lieu à de nombreuses critiques, émanant du champ scientifique comme du champ clinique.
Parmi ces critiques, nous avons choisi de nous intéresser à celles émises par Hanna Pickard, qui est à la fois philosophe et clinicienne de formation, et qui s'intéresse aux maladies mentales en général et à l'addiction en particulier. Les thèses qu'elle défend à propos de la définition des troubles mentaux et de la psychopathologie expliquent son « rejet » de l'approche orthodoxe de l'addiction : pour elle, il n'y a pas lieu de nier toute agentivité chez les personnes addictes mais seulement d'admettre une capacité amoindrie de contrôle sur ses actes. [Extrait]
Affiliation :
France
Historique