Périodique
Enfants de mères toxicomanes : les aléas de la substitution
(Infants of drug-addicted mothers: pitfalls of replacement therapy)
Auteur(s) :
VERT, P. ;
HAMON, I. ;
HUBERT, C. ;
LEGAGNEUR M. ;
HASCOET, J. M.
Année
2008
Page(s) :
961-970
Langue(s) :
Français
Refs biblio. :
20
Domaine :
Drogues illicites
Thésaurus mots-clés
ENFANT D'USAGER
;
MERE
;
SUBSTITUTION
;
SYNDROME DE SEVRAGE
;
BUPRENORPHINE
;
DEPENDANCE
;
NOUVEAU-NE
;
DIAGNOSTIC
;
ETUDE CLINIQUE
Thésaurus géographique
FRANCE
Note générale :
Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine, 2008, 192, (5), 961-970
Résumé :
FRANÇAIS :
Les toxicomanies maternelles aux stupéfiants sont cause d'une importante pathologie périnatale qui peut obérer l'avenir des enfants, déjà in utéro, puis à la naissance et dans leur développement ultérieur. Elles peuvent concerner au moins 1 % des naissances en France et jusqu'à plus de 10 % aux Etats-Unis. Le contexte médico-social et psychologique rend la prise en charge de ces mères particulièrement difficile. La substitution de l'héroïne par de la buprénorphine a montré ses avantages tant pour stabiliser les patientes que pour prévenir, en partie, les conséquences fœtales ou néonatales. Si de multiples publications font état d'une réduction de l'incidence du syndrome de sevrage chez les nouveau-nés de mères bénéficiant de cette substitution, il y a peu de données pharmacologiques. Dans l'étude prospective présentée, vingt nouveau-nés de mère héroïnomane substituée ont été observés dans les premiers jours de vie avec dosages du taux plasmatique de buprénorphine chez la mère et chez l'enfant. Le rapport taux maternel/taux fœtal est à la naissance de l'ordre de 0,45. L'analyse des résultats montre que les taux de buprénorphine sont, à la naissance, comparables chez les enfants, qu'ils aient présenté ou non un syndrome de sevrage. Chez ceux qui sont asymptomatiques, les taux se négativent en quarante-huit heures. Chez ceux qui ont des signes cliniques, les taux augmentent de plus de 100 % entre la naissance et 48 heures. En l'absence d'allaitement maternel, il ne peut s'agir que d'un relargage de buprénorphine très liposoluble dans les tissus. Le paradoxe de taux plus élevés chez les enfants symptomatiques pourrait s'expliquer par un polymorphisme génétique du métabolisme des xenobiotiques. L'hypothèse d'interactions chez des mères polyintoxiquées (en particulier par le tabac) peut être évoquée. On peut conclure que si le dosage du taux de buprénorphine plasmatique sur sang du cordon permet de vérifier la réalité du traitement proposé aux mères, il ne permet pas d'anticiper l'apparition d'un syndrome de sevrage. Seule l'observation clinique permet de distinguer avec certitude les enfants qui nécessitent un traitement substitutif transitoire. Un contrôle sanguin à quarante-huit heures de vie avec comparaison au taux du cordon permettrait, peut-être, de définir des enfants à bas risque pouvant rester auprès de leur mère en maternité, de ceux à haut risque nécessitant une hospitalisation. Cette hypothèse devra être validée, mais quels que soient le traitement et l'accompagnement des mères toxicomanes, il s'agit de naissances à risque qu'il convient de prendre en charge dans des maternités disposant d'un service de néonatologie performant. (Résumé d'auteur)
ENGLISH:
Maternal drug addiction can cause problems for the fetus and the newborn, and hamper long-term development. The prevalence of drug addiction during pregnancy varies from 1 % to more than 10 % depending on the country and the maternity unit. Management of these mothers can be further complicated by medical, social and psychological problems. Compared to methadone, heroin replacement therapy with buprenorphine provides better stabilization of the mother and causes fewer withdrawal symptoms in the newborn. Despite numerous publications on the effects of this partly preventive medication, data on buprenorphine pharmacology at birth are scarce. In this study, 20 newborns of mothers using oral buprenorphine were observed until the end of the withdrawal syndrome, when present. Buprenorphine plasma levels were determined with HPLC and mass spectrometry in the mother at delivery and in the newborn at birth (cord blood), 24 and 48 hours. Fifteen newborns were born at term (mean fi SD birth weight 3029 fi 273 g), and the other five between 32 and 36 weeks. All Apgar scores were >= 7. Withdrawal symptoms were observed in 8 of the 15 infants born to mothers taking buprenorphine alone, and lasted between 5 and 35 days. The newborns were classified in three groups. Groups I (N8) and II (N7) comprised newborns with and without withdrawal symptoms, respectively. In group III (N5), the mothers were polyintoxicated (as shown by urinary drug or neurotropic substance screening) and the newborns were symptomatic for 1 to 69 days. Buprenorphine plasma levels in the mothers ranged from 0 to 2.9 ?g/L, suggesting large differences in adherence. At birth there was no significant difference in the mean plasma buprenorphine level between newborns with and without withdrawal symptoms; the respective values were 0.7 (0.4-1.3) and 0.5 (0-0.6) ?g/L. In asymptomatic newborns (group II), buprenorphine was no longer detectable at 48 h, whereas in symptomatic newborns (group I), the mean level rose from 0.7 ?g/l at birth to 1.5 ?g/L at 48 h (+ 114 %). In the absence of breastfeeding, this increase appears to be related to tissue release of this strongly lipophilic compound. The difference in plasma buprenorphine kinetics between groups I and II might be explained by genetic polymorphism of drug-metabolizing enzymes. The paradoxically high plasma buprenorphine levels at 48 hours in infants with withdrawal symptoms are intriguing. One possibility is that the mothers missed one or several doses of buprenorphine around the time of delivery, in the same way that smoking mothers tend to cut down during the last days of their pregnancy. If buprenorphine plasma levels at birth appear to reflect maternal adherence, cord blood levels do not predict the risk of a withdrawal syndrome. In contrast, the level at 48 h might help to discriminate between highand low-risk newborns. Pregnant women on opiate replacement therapy must be delivered in maternity units with adequate neonatal facilities. [Author's abstract]
Les toxicomanies maternelles aux stupéfiants sont cause d'une importante pathologie périnatale qui peut obérer l'avenir des enfants, déjà in utéro, puis à la naissance et dans leur développement ultérieur. Elles peuvent concerner au moins 1 % des naissances en France et jusqu'à plus de 10 % aux Etats-Unis. Le contexte médico-social et psychologique rend la prise en charge de ces mères particulièrement difficile. La substitution de l'héroïne par de la buprénorphine a montré ses avantages tant pour stabiliser les patientes que pour prévenir, en partie, les conséquences fœtales ou néonatales. Si de multiples publications font état d'une réduction de l'incidence du syndrome de sevrage chez les nouveau-nés de mères bénéficiant de cette substitution, il y a peu de données pharmacologiques. Dans l'étude prospective présentée, vingt nouveau-nés de mère héroïnomane substituée ont été observés dans les premiers jours de vie avec dosages du taux plasmatique de buprénorphine chez la mère et chez l'enfant. Le rapport taux maternel/taux fœtal est à la naissance de l'ordre de 0,45. L'analyse des résultats montre que les taux de buprénorphine sont, à la naissance, comparables chez les enfants, qu'ils aient présenté ou non un syndrome de sevrage. Chez ceux qui sont asymptomatiques, les taux se négativent en quarante-huit heures. Chez ceux qui ont des signes cliniques, les taux augmentent de plus de 100 % entre la naissance et 48 heures. En l'absence d'allaitement maternel, il ne peut s'agir que d'un relargage de buprénorphine très liposoluble dans les tissus. Le paradoxe de taux plus élevés chez les enfants symptomatiques pourrait s'expliquer par un polymorphisme génétique du métabolisme des xenobiotiques. L'hypothèse d'interactions chez des mères polyintoxiquées (en particulier par le tabac) peut être évoquée. On peut conclure que si le dosage du taux de buprénorphine plasmatique sur sang du cordon permet de vérifier la réalité du traitement proposé aux mères, il ne permet pas d'anticiper l'apparition d'un syndrome de sevrage. Seule l'observation clinique permet de distinguer avec certitude les enfants qui nécessitent un traitement substitutif transitoire. Un contrôle sanguin à quarante-huit heures de vie avec comparaison au taux du cordon permettrait, peut-être, de définir des enfants à bas risque pouvant rester auprès de leur mère en maternité, de ceux à haut risque nécessitant une hospitalisation. Cette hypothèse devra être validée, mais quels que soient le traitement et l'accompagnement des mères toxicomanes, il s'agit de naissances à risque qu'il convient de prendre en charge dans des maternités disposant d'un service de néonatologie performant. (Résumé d'auteur)
ENGLISH:
Maternal drug addiction can cause problems for the fetus and the newborn, and hamper long-term development. The prevalence of drug addiction during pregnancy varies from 1 % to more than 10 % depending on the country and the maternity unit. Management of these mothers can be further complicated by medical, social and psychological problems. Compared to methadone, heroin replacement therapy with buprenorphine provides better stabilization of the mother and causes fewer withdrawal symptoms in the newborn. Despite numerous publications on the effects of this partly preventive medication, data on buprenorphine pharmacology at birth are scarce. In this study, 20 newborns of mothers using oral buprenorphine were observed until the end of the withdrawal syndrome, when present. Buprenorphine plasma levels were determined with HPLC and mass spectrometry in the mother at delivery and in the newborn at birth (cord blood), 24 and 48 hours. Fifteen newborns were born at term (mean fi SD birth weight 3029 fi 273 g), and the other five between 32 and 36 weeks. All Apgar scores were >= 7. Withdrawal symptoms were observed in 8 of the 15 infants born to mothers taking buprenorphine alone, and lasted between 5 and 35 days. The newborns were classified in three groups. Groups I (N8) and II (N7) comprised newborns with and without withdrawal symptoms, respectively. In group III (N5), the mothers were polyintoxicated (as shown by urinary drug or neurotropic substance screening) and the newborns were symptomatic for 1 to 69 days. Buprenorphine plasma levels in the mothers ranged from 0 to 2.9 ?g/L, suggesting large differences in adherence. At birth there was no significant difference in the mean plasma buprenorphine level between newborns with and without withdrawal symptoms; the respective values were 0.7 (0.4-1.3) and 0.5 (0-0.6) ?g/L. In asymptomatic newborns (group II), buprenorphine was no longer detectable at 48 h, whereas in symptomatic newborns (group I), the mean level rose from 0.7 ?g/l at birth to 1.5 ?g/L at 48 h (+ 114 %). In the absence of breastfeeding, this increase appears to be related to tissue release of this strongly lipophilic compound. The difference in plasma buprenorphine kinetics between groups I and II might be explained by genetic polymorphism of drug-metabolizing enzymes. The paradoxically high plasma buprenorphine levels at 48 hours in infants with withdrawal symptoms are intriguing. One possibility is that the mothers missed one or several doses of buprenorphine around the time of delivery, in the same way that smoking mothers tend to cut down during the last days of their pregnancy. If buprenorphine plasma levels at birth appear to reflect maternal adherence, cord blood levels do not predict the risk of a withdrawal syndrome. In contrast, the level at 48 h might help to discriminate between highand low-risk newborns. Pregnant women on opiate replacement therapy must be delivered in maternity units with adequate neonatal facilities. [Author's abstract]
Affiliation :
France
Historique